Que peut faire un Juif soucieux d'observer la Loi de Moïse quand on lui enseigne que celle-ci comporte 613 "mitzvot" ou commandements ?
Ce décompte est postérieur à l'époque de Paul mais, déjà, les Juifs devaient admettre que selon les docteurs de la Loi, les commandements ne se limitaient pas aux Dix Paroles reçues par Moïse au mont Sinaï.
Et pour l'observance de la Loi, c'est tout ou rien, car il est écrit en Deutéronome 27.26, comme le rappelle Paul :
« Mais tous ceux qui demeurent sous l'emprise de la loi sont sous le coup de la malédiction car il est écrit :
Maudit soit quiconque ne persévère pas dans l'accomplissement de tout ce qui est écrit dans le livre de la loi. »
(Galates 3.10)
De ce fait, toute entorse aux prescriptions de la Loi engendre la déchéance.
Ensuite, Paul cite Habakuk 2.4, dont l'affirmation va à l'encontre des croyances fondées sur l'obtention du salut par l'observation de la Loi :
« Que personne ne soit justifié devant Dieu par la loi est évident puisque : Le juste vivra par la foi. » (Galates 3.11)
Pour affiner sa démonstration, Paul ajoute en se référant à Lévitique 18.5 :
« La loi n'est pas issue de la foi, mais celui qui accomplira ses prescriptions en vivra. » (Galates 3.12)
Ainsi la Loi aurait pu conduire au salut, sous réserve de respecter, par la foi, tous les "mitzvot", ce qui est humainement impossible.
Cependant, la pression de la tradition sur les premiers disciples était forte, notamment en Galatie ou certains considéraient nécessaire de se faire circoncire.
Paul réagit : « Si vous vous faites circoncire, le Christ ne vous aura servi à rien !
Car je répète à tout homme qui se fait circoncire qu'il est obligé d'appliquer toute la loi. »
(Galates 5.2-3)
En ce cas, que faire de la Loi et de ses multiples commandements ?
Paul nous livre cette réponse en citant Lévitique 19.18 :
« En effet, toute la loi est accomplie en une seule parole, qui est :
Tu aimeras ton prochain comme toi-même. »
(Galates 5.14)
Et ceci nous rappelle ce que Jésus avait répondu quand on Lui demanda quel était le plus grand commandement :
« Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force, de toute ta pensée et ton prochain comme toi-même. » (Luc 10.27)
Jésus, pas plus que Paul, n'entendent pour autant effacer la Loi.
Mais elle fut donnée à Moïse pour le peuple d'Israël :
« Nous savons que tout ce que dit la loi s'adresse à ceux qui sont sous la loi, afin que toute bouche soit fermée et le monde entier reconnu coupable devant Dieu.
Aussi, personne ne sera justifié devant Lui par les œuvres de la loi, par laquelle vient cependant la connaissance du péché. »
(Romains 3.19-20)
Il fallait ainsi que les Juifs soient à l'avant-garde du monde pour la connaissance du péché ... afin de le combattre !
Mais bien peu ont suivi cette voie et les prophètes, comme Ésaïe, n'ont eu de cesse de le dénoncer tout en conservant l'espérance ...
« Ésaïe s'est écrié au sujet d'Israël : "Même si le nombre des fils d'Israël était comme le sable de la mer, c'est le reste qui sera sauvé.
Car le Seigneur exécutera pleinement et promptement sa parole sur la terre."
Et, comme Ésaïe l'a prédit : "Si le Seigneur des armées ne nous avait laissé une descendance, nous serions devenus comme Sodome, nous aurions été semblables à Gomorrhe."
Que dirons-nous donc ? Des païens, sans rechercher la justice, ont obtenu la justice, du moins la justice qui vient de la foi.
Par contre Israël, qui cherchait une loi de justice, n'est pas parvenu à cette loi.
Pourquoi ? Parce qu'elle ne provenait pas de la foi mais provenait des œuvres. Ils ont buté contre la pierre d'achoppement. C'est ce qui a été écrit :
Voici, je pose en Sion une pierre d'achoppement, un rocher de scandale. Et celui qui croit en lui ne sera pas confus. »
(Romains 9.27-33)
Cette pierre d'achoppement, c'est Jésus, la plupart des Juifs l'ont rejeté, les païens ont cru en nombre, et leur foi les a justifiés.
Cependant Paul n'oublie pas que la Loi permet aux Juifs de bonne foi de se montrer fidèles au Seigneur :
« Car je leur rends témoignage qu’ils ont du zèle pour Dieu, mais pas selon la vraie connaissance.
Ils ignorent en effet la justice de Dieu, et cherchent à établir leur propre justice. Ils ne se sont pas soumis à la justice de Dieu.
Car le but de la loi : c'est Christ comme justification de tous ceux qui croient.
En effet, Moïse écrit à propos de la justice venant de la loi : "L’homme qui l'accomplira vivra par elle."
Par contre, la justice provenant de la foi parle ainsi : "Ne dis pas en ton cœur : Qui montera au ciel ?" C’est en faire descendre Christ.
Ni : "Qui descendra dans l’abîme ?" C’est faire remonter Christ d’entre les morts.
Mais que dit-elle ? "La parole est près de toi, dans ta bouche et dans ton cœur." C'est cette parole de la foi que nous proclamons.
Si tu professes de ta bouche que Jésus est Seigneur, et si tu crois dans ton cœur que Dieu L’a ressuscité des morts, tu seras sauvé.
Car croire en son cœur conduit à la justice, et professer de sa bouche conduit au salut. »
(Romains 10.2-8)
2. La transgression de la Loi.
Pour Paul, la connaissance acquise par les Juifs selon la Loi les a conduits dans l'impasse du péché :
« Et comme ils ne se sont pas souciés de posséder la vraie connaissance de Dieu, Dieu les a livrés au dérèglement de leur intelligence pour faire ce qu'il ne convenait pas.
Remplis de toute sorte d'injustice, de perversité, de cupidité, de méchanceté, ils sont pleins d'envie, de meurtre, de querelles, de ruse, dépravés et diffamateurs.
Ils sont médisants, ennemis de Dieu, insolents, orgueilleux, fanfarons, ingénieux au mal, rebelles à leurs parents.
Dépourvus d'intelligence, de loyauté et d'affection, sans pitié.
Bien qu'ils connaissent la prescription de Dieu selon laquelle ceux qui commettent de telles choses méritent la mort, non seulement ils les accomplissent, mais de plus ils approuvent ceux qui les commettent. »
(Romains 1.28-32)
Paul leur reproche de ne pas faire ce qu'ils préconisent aux autres de faire selon la Loi :
« Toi qui portes le nom de Juif, tu t'en remets à la loi et tu te dis fier de ton Dieu.
Tu connais Sa volonté et, instruit par la loi, tu discernes l'essentiel.
Tu es persuadé être le guide des aveugles, une lumière pour ceux qui sont dans les ténèbres.
Éducateur des ignorants, maître pour les enfants, tu possèdes dans la loi l'expression de la connaissance et de la vérité ...
Toi donc, qui enseignes les autres, pourquoi ne t'enseignes-tu toi-même ? Tu prêches de ne pas voler et tu voles !
Tu dis de ne pas commettre d'adultère et tu commets l'adultère ! Tout en ayant horreur des idoles, tu pilles les temples !
Toi qui te dis fier de la loi, tu déshonores Dieu par la transgression de la loi !
C'est pourquoi il est écrit : "Le nom de Dieu est blasphémé à cause de vous parmi les païens."
Certes la circoncision est utile si tu pratiques la loi. Mais si tu transgresses la loi, ta circoncision devient une incirconcision. »
(Romains 2.17-25)
Leurs transgressions les conduit vers un jugement en conséquence :
« Ainsi, tous ceux qui ont péché sans la loi périront aussi sans la loi, et tous ceux qui ont péché sous la loi seront jugés par la loi. » (Romains 2.12)
Bien qu'ils aient entendu les enseignements de Jésus, ils se sont obstinés, comme les prophètes de l'Ancien Testament l'avaient annoncé, et ce sont les païens qui ont accepté la Parole du Christ :
« Ainsi la foi vient de ce que l'on écoute en écoutant la parole du Christ.
Pourtant, dois-je dire : "N'ont-ils pas entendu ?" Mais si ! Leur voix s'est fait entendre sur toute la terre et leurs paroles jusqu'aux limites du monde habité.
Mais j'ajoute : "Israël n'a-t-il pas compris ?" Moïse fut le premier à dire : "Moi, je vous rendrai jaloux de ce qui n'est pas une nation et je vous exciterai contre une nation sans discernement."
Ésaïe ira jusqu'à dire : "J'ai été trouvé par ceux qui ne me cherchaient pas et je me suis révélé à ceux qui ne m'interrogeaient pas."
Mais à popos d'Israël, il dit : "Tout le jour j'ai tendu mes mains vers un peuple désobéissant et rebelle." »
(Romains 10.17-21)
3. Paul face à la Loi.
De retour à Jérusalem, Paul exposa aux apôtres ce qu'il avait fait parmi les païens :
« Quand ils l’entendirent, ils glorifièrent Dieu. Puis ils lui dirent :
"Tu vois, frère, combien de milliers de Juifs ont cru. Et tous demeurent attachés à la Loi.
Ils ont entendu dire à ton sujet que tu enseignes à tous les Juifs vivant parmi les païens à renoncer à Moïse. Tu leur dis de ne pas circoncire les enfants et de ne pas se conformer aux coutumes.
Qu'en est-il donc ? De toute façon ils vont apprendre que tu es là.
Fais donc ce que nous allons te dire. Quatre de nos hommes sont tenus par leur propre vœu.
Prends-les avec toi, purifie-toi avec eux, et pourvois à leurs dépenses afin qu’ils se rasent la tête. Et tous sauront ainsi que ce qu’ils ont entendu dire à ton sujet n'a pas de sens mais que tu te conformes, toi aussi, aux prescriptions de la Loi.
Concernant les païens qui ont la foi, nous avons écrit que nous avions décidé qu'ils se gardent de la viande sacrifiée aux idôles, du sang, de la viande étouffée et de la fornication."
Le jour suivant, Paul accompagna donc les hommes pour se faire purifier avec eux. Il entra dans le temple pour annoncer quand les jours de purification seraient accomplis, l'offrande devant alors être offerte pour chacun d'eux. »
(Actes 21.20-26)
Ce passage est le reflet d'une période transitoire : tout comme Paul, les anciens de Jérusalem doivent trouver un compromis entre la Loi à laquelle les Juifs demeurent attachés et la foi en Christ à laquelle les païens ont adhéré.
Face à la Loi, Paul doit se soumettre et, pour éviter les rumeurs, il se résigne à un rituel de purification.
Quand il comparait devant le gouverneur Félix, Paul s'efforce d'argumenter en reliant la Loi et les Prophètes à la foi envers Jésus :
« Je t'avoue que selon la Voie qu'ils qualifient de secte, je rends un culte au Dieu de nos pères, croyant en tout ce qui a été écrit dans la Loi et les Prophètes. » (Actes 24.14)
Il recherche un équilibre entre les traditions issues de la Loi et la foi qui doit s'exprimer dans le respect des commandements divins :
« D'ailleurs, que chacun vive dans la condition que le Seigneur lui avait assignée lorsque Dieu l'a appelé. C'est ce que je recommande à toutes les Eglises.
Quelqu'un a-t-il été appelé en étant circoncis ? Qu'il le reste ! Quelqu'un était-il incirconcis quand il fut appelé ? Qu'il ne se fasse pas circoncire !
La circoncision n'est rien et l'incirconcision n'est rien. Mais tout est dans l'obéissance aux commandements de Dieu. »
(1 Corinthiens 7.17-19)
Il n'en demeure pas moins convaincu que la vraie circoncision n'est pas celle qui se pratique dans la chair :
« C’est en Lui que vous avez été circoncis, d’une circoncision indépendante de la main de l'homme. La circoncision du Christ conduit au dépouillement du corps charnel. » (Colossiens 2.11)
Et sa volonté de s'en remettre ainsi à la seule foi en Christ le conduit parfois à tenir des propos incompatibles avec la Loi :
« Il a aboli la loi, avec ses commandements et ordonnances, afin de créer en Lui-même, à partir de la dualité, un seul homme nouveau, en établissant la paix. » (Ephésiens 2.15)
Des propos qui ne concordent pas avec ceux de Jésus quand Il proclamait :
« Ne croyez pas que je sois venu détruire la loi ou les prophètes. Je ne suis pas venu détruire, mais accomplir. » (Matthieu 5.17)