La vie de Paul de Tarse

La fin de sa vie




La vie de Paul s'est-elle achevée dans des conditions aussi idylliques ?

« Il resta deux années entières dans le logement qu’il avait loué. Il recevait tous ceux qui venaient le voir.

Il proclamait le Royaume de Dieu et enseignait ce qui concerne le Seigneur Jésus Christ avec une grande assurance et sans entraves. » (Actes 28.30-31)

Tout semble aller pour le mieux selon l'auteur de ce texte qui, selon les experts, aurait été rédigé vers l'an 80 après J.C..

Or, la situation de Paul à Rome telle qu'elle nous est restituée par Luc, ou tout autre auteur si ce n'est pas Luc, est antérieure d'une vingtaine d'années.

Nous sommes en effet au début des années 60 et la fin de vie de Paul s'annonçait beaucoup plus tourmentée :

- du fait des mises en garde que le Seigneur lui a adressées,

- du fait des informations que nous trouvons dans les propres écrits de Paul.

1 - Qu'en est-il d'abord des mises en garde ?

Lorsque Paul envisagea de revenir à Jérusalem, il dit ceci :

« L'Esprit Saint m'atteste de ville en ville que des chaînes et des tourments m'attendent. » (Actes 20.23)

Puis le prophète Agabus livre cette parole :

« L'homme auquel appartient cette ceinture sera lié de même à Jérusalem par les Juifs qui le livreront aux mains des païens. » (Actes 21.11)

Dans le prolongement de ces prédictions, Paul s'entend dire ceci par la suite :

« N'aie crainte, Paul, il faut que tu comparaisses devant César. » (Actes 27.24)

Or le Livre des Actes des Apôtres ne mentionne pas cette comparution.

Est-ce à dire qu'elle n'a jamais eu lieu ... à moins que l'auteur des Actes ne se soit séparé de Paul et l'ait perdu de vue vers l'année 63 ?

2 - Que nous dit Paul dans ses dernières lettres ?

Plusieurs lettres de Paul sont considérées comme écrites en captivité.

Commençons par deux lettres dont l'authenticité n'est pas discutée.

=> La lettre à Philémon commence par ces mots :

« Paul, emprisonné pour Jésus Christ et Timothée, le frère, à Philémon, notre bien-aimé collaborateur. » (Philémon 1)

Paul désigne ensuite ceux qui sont à ses côtés pendant sa captivité :

« Epaphras, mon compagnon de captivité en Jésus Christ, te salue. Ainsi que Marc, Aristarque, Démas, Luc, mes collaborateurs. » (Philémon 23-24)

Il peut s'agir des deux années passées en captivité à Césarée (58-60) ou d'une détention ultérieure à Rome (après 63) mais la présence de Luc incline à penser que cela se passe à Césarée.

En effet, si Luc est l'auteur des Actes et Paul emprisonné à Rome, Luc n'aurait pu conlure son texte en disant que Paul était sans entraves.

=> La lettre aux Philippiens mentionne aussi la captivité de Paul en ces termes :

« Car mon emprisonnement pour le Christ est évident dans tout le prétoire et partout ailleurs. » (Philippiens 1.13)

Césarée ou Rome ?

Les Actes mentionnent les dispositions prises par le gouverneur Félix à Césarée envers Paul :

« Il ordonna qu'on le garde dans le prétoire d'Hérode. » (Actes 23.35)

Il peut dons s'agir d'un prétoire à Rome ou à Césarée. Paul fut emprisonné deux ans à Césarée.

Il écrit ensuite vers la fin de sa lettre aux Philippiens :

« Tous les saints vous saluent, en particulier ceux de la maison de César. » (Philippiens 4.22)

Cette indication pourrait laisser entendre que Paul était à Rome mais "la maison de César" peut englober tout le personnel au service de l'empereur, ou au service d'un gouverneur comme celui de Césarée.

Trois autres lettres font état d'une captivité mais leur authenticité paulinienne est mise en doute par des exégètes modernes.

=> La lettre aux Colossiens :

Paul est emprisonné et demande aux destinataires de la lettre de prier pour sa libération :

« Priez de même aussi pour nous afin que Dieu ouvre une porte à notre prédication afin de prêcher le mystère du Christ pour lequel je suis en prison. » (Colossiens 4.3)

A ses côtés, nous trouvons Onésime, Aristarque, Marc, Epaphras, Luc, Démas (Colossiens 4.9-14) ce qui incite à considérer que cette lettre fut rédigée dans des conditions identiques à celle qui était destinée à Philémon puisque ces frères sont mentionnés dans la lettre à Philémon.

Or nous avons vu que celle-ci avait probablement été rédigée à Césarée, au cours de la captivité des années 58-60.

Le port de cette lettre aux Colossiens a été confié à un autre frère : Tychique.

« Tychique vous fera connaître tout ce qui me concerne, ce frère bien-aimé, ministre fidèle et compagnon de service dans le Seigneur.

C'est pour cela que je vous l'ai envoyé, afin qu'il vous informe à notre sujet et calme vos cœurs. » (Colossiens 4.7-8)

=> La lettre aux Éphésiens :

Nous trouvons une mention similaire à la fin de la lettre aux Éphésiens :

« Tychique, le frère bien-aimé, fidèle serviteur dans le Seigneur, vous fera connaître ce que je fais, afin que vous sachiez tout de ma situation.

Je l'ai envoyé vers vous dans ce but, pour porter à votre connaissance ce qui nous concerne, et vous réconforter. » (Éphésiens 6.21-22)

Egalement rédigée en captivité (Éphésiens 3.1), les rapprochements opérés avec la lettre aux Colossiens permettent de considérer qu'elle fut écrite à la même époque, c'est-à-dire pendant la captivité à Césarée.

=> La seconde épître à Timothée :

C'est avec cette dernière lettre que nous allons peut-être en apprendre plus sur la fin de vie de Paul.

Cette fois, l'auteur de l'épître précise bien être emprisonné à Rome :

« Que le Seigneur accorde Sa miséricorde à la famile d'Onésiphore, car il m'a souvent réconforté et n'a pas eu honte de mes chaînes.

Au contraire, arrivé à Rome, il m'a recherché avec insistance et m'a trouvé. » (2 Timothée 1.16-17)

Ceci n'a plus rien à voir avec la situation favorable mentionnée à la fin des Actes des Apôtres (Actes 28.30-31).

Paul ajoute ensuite à propos de sa détention :

« Je souffre pour Lui comme un malfaiteur au point d'être enchaîné. Mais la parole de Dieu n'est pas enchaînée ! » (2 Timothée 2.9)

Paul souffre pour Lui, pour Jésus Christ, envers lequel il a placé toute sa foi, sentant venir sa fin ...

« Car moi, je sers déjà de libation, et le moment de mon départ est arrivé.

J’ai combattu le bon combat, j’ai achevé la course, j’ai gardé la foi. » (2 Timothée 4.6-7)

Beaucoup l'ont abandonné, mais au moins un fidèle est resté à ses côtés :

« Seul Luc est avec moi. » (2 Timothée 4.11)

S'il s'agit bien de l'auteur des Actes des Apôtres, pourquoi a-t-il achevé son texte par une vision optimiste ?

N'est-il donc pas envisageable que la datation traditionnelle des écrits de Luc, dans les années 80, soit erronée ?

Car si Luc a rédigé les Actes vers l'an 63, quand Paul était confortablement installé à Rome, il serait logique qu'il n'évoque pas les conditions de détention ultérieures de Paul.

Mais que s'est-il passé alors ?

L'hypothèse d'un nouveau voyage de Paul a été avancée pour la période 63-66.

Auquel cas Paul serait ensuite revenu à Rome où il aurait été incarcéré et, peut-être, connu le martyre lors de la persécution orchestrée par l'empereur Néron.

Dans ces conditions, la seconde épître à Timothée, dernier écrit de Paul, pourrait précéder la mort de l'apôtre, vers l'an 67 après J.C.

< = Retour


Récapitulatif

des versets cités

dans leurs contextes

1 ... Actes 28.30-31

2 ... Actes 20.23

3 ... Actes 21.11

4 ... Actes 27.24

5 ... Philémon 1 & 23-24

6 ... Philippiens 1.13

7 ... Actes 23.35

8 ... Philippiens 4.22

9 ... Colossiens 4.3 & 7-14

10 .. Éphésiens 6.21-22

11 .. Éphésiens 3.1

12 .. 2 Timothée 1.16-17

13 .. 2 Timothée 2.9

14 .. 2 Timothée 4.6-7 & 11