1.1. Jeûner pour respecter la tradition.
Les disciples de Jean-Baptiste, tout comme les Pharisiens, demeuraient attachés aux traditions et le jeûne rituel en faisait partie.
Ils s'étonnaient que les disciples de Jésus ne jeûnent pas : « Pourquoi nous, ainsi que les Pharisiens, nous jeûnons, et tes disciples ne jeûnent pas ? » (Matthieu 9.14 - Marc 2.18 - Luc 5.33)
Si l'on se réfère à la réponse de Jésus, il semble que Sa conception du jeûne s'écartait des traditions.
Jésus semble réserver le jeûne à des situations spécifiques où le fait de jeûner doit manifester une certaine affliction :
« Les fils de la noce peuvent-ils être affligés tant que l'époux est avec eux ? Viendront des jours où l'époux leur sera enlevé, alors ils jeûneront. » (Matthieu 9.15 - Marc 2.19-20 - Luc 5.34-35)
Ce faisant, Il évoquait Son départ et la nécessité pour les disciples de revoir leurs pratiques en conséquence.
Mais pour illustrer Son propos, Jésus nous dit :
« Personne n'applique un morceau de tissu neuf sur un vieux vêtement ; car la pièce ajoutée au vêtement s'arrache et la déchirure devient pire.
De même, on ne met pas du vin nouveau dans de vieilles outres ; car à coup sûr les outres se déchirent, le vin se répand et les outres sont perdues. Mais on met le vin nouveau dans des outres neuves, et les deux se conservent. »
(Matthieu 9.16-17 - Marc 2.21-22 - Luc 5.36-39)
Ces deux brèves paraboles incitent à considérer que le jeûne auquel les disciples seraient désormais astreints n'aurait plus rien à voir avec les rituels que l'on pratiquait autrefois.
1.2. Jeûner pour accroître sa foi.
Ces rituels étaient fondés sur des interprétations de la Loi et les traditions des hommes, alors que le jeûne auquel Jésus prend plaisir se fonde sur la foi.
Mais comment accroître sa foi ?
Le jour où les apôtres demandèrent à Jésus d'augmenter leur foi, Il leur répondit :
« Si vous aviez de la foi comme une graine de moutarde, vous auriez-dit à ce sycomore : "Déracine-toi et plante-toi dans la mer", et il vous aurait obéi. » (Luc 17.6)
Jésus n'a pas répondu à leur attente car il ne Lui incombait pas d'intervenir en ce sens.
Si la croissance de la foi ne vient pas de l'extérieur, il faut donc en déduire qu'elle vient de l'intérieur de chaque disciple, de la force de ses convictions.
Quand Jésus fut dirigé dans le désert où Il jeûna quarante jours, Il ne demanda pas au Père de l'aider (Matthieu 4.1-11) et (Luc 4.1-13).
Il venait juste d'être baptisé ...
« Jésus, rempli de l'Esprit Saint, revint du Jourdain et fut conduit par l’Esprit dans le désert. » (Luc 4.1)
Quarante jour plus tard ...
« Alors Jésus s'en retourna en Galilée avec la puissance de l'Esprit et Sa renommée se répandit dans toute la région. » (Luc 4.14)
Avant d'avoir jeûné, Jésus était rempli de l'Esprit Saint, après avoir jeûné Il était revêtu de la puissance de l'Esprit.
C'est cette puissance acquise dans le jeûne qui va Lui permettre de prononcer des prédications inoubliables et d'accomplir une foule de miracles comme la guérison d'un enfant épileptique (Marc 9.14-29).
Pourquoi s'attarder sur ce cas de guérison ?
Cet enfant, les disciples n'avaient pu le guérir et Jésus leur aurait répondu :
« Rien ne peut chasser ce genre d'esprit, sauf la prière. » (Marc 9.29)
Il est pourtant probable que les disciples ont intensément prié ... mais sans effet.
Certains manuscrits étaient plus explicites : « Rien ne peut chasser ce genre d'esprit, sauf la prière et le jeûne. »
Si Jésus a pu instantanément guérir cet enfant, c'est parce qu'Il avait préalablement acquis la puissance de l'Esprit lors de Son jeûne dans le désert.
« Mais cette sorte de démon ne sort que par la prière et par le jeûne. » (Matthieu 17.21)
Là encore, ce verset 21 ne figurait pas dans tous les manuscrits.
Est-ce une omission, ou une adjonction tardive ?
Il semble pourtant nous apporter une réponse à la question des apôtres : pour augmenter sa foi, il faut en avoir suffisamment pour jeûner !
2. Comment jeûner ?
2.1. Jeûner en secret.
Ainsi, nous comprenons mieux cette recommandation de Jésus sur l'attitude à adopter :
« Quand vous jeûnez, ne soyez pas sombres comme les hypocrites. Leurs figures ravagées font paraître aux hommes qu'ils jeûnent. Ma foi, je vous le dis : ils reçoivent ainsi leur récompense. » (Matthieu 6.16)
Ce type de jeûne est en fait un simulâcre visant à donner une apparence de piété.
L'exemple à ne pas suivre est celui de ce Pharisien qui se glorifiait en disant :
« Je jeûne deux fois par semaine, je paie la dîme de tous mes revenus. » (Luc 18.12)
Car le vrai jeûne ne s'affiche pas en public ou ne conduit pas à se justifier dans l'autosatisfaction.
Le vrai jeûne se fonde sur la foi et dans une relation sincère avec le Seigneur :
« Mais toi, quand tu jeûnes, parfume ta tête et lave ta figure.
Ainsi tu ne montres pas aux hommes que tu jeûnes, mais à ton Père en secret. Et ton Père, qui te voit dans le secret, te le rendra. »
(Matthieu 6.17-18)
Est-ce la puissance de l'Esprit que le Père nous donnera en retour ?
2.2. Jeûner pour faire croître l'amour.
700 ans avant Jésus, le prophète Ésaïe dénonçait déjà l'hypocrisie des religieux qui se donnent en spectacle :
« ... Est-ce là ce que tu appelleras un jeûne, un jour agréable à l'Éternel ?
Voici le jeûne auquel je prends plaisir :
Détache les chaînes de la méchanceté, dénoue les liens de la servitude, renvoie libres les opprimés, et que l'on rompe toute espèce de joug.
Partage ton pain avec celui qui a faim, et fais entrer dans ta maison les malheureux sans asile ; si tu vois un homme nu, couvre-le, et ne te détourne pas de ton semblable. »
(Ésaïe 58.5-7)
Concrètement, le prophète expliquait que le fait de jeûner était inutile aux yeux du Seigneur sans l'amour du prochain !
De nos jours, est-il encore utile de jeûner ?
Si le fait de se priver permet de manifester notre amour du prochain en donnant ce que nous n'avons pas consommé, cette forme de jeûne sera matériellement utile.
Pour le reste, c'est à chacun de ressentir s'il croit approfondir sa spiritualité par le jeûne, et peut-être recevoir la puissance de l'Esprit.
Texte mis à jour le 12/10/2023
